Roméo

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Quelques mots...
Roméo, le chanteur qui fait Non, non, non
On peut porter un pseudo de comédie musicale sans pour autant faire dans la variété de supermarché : la preuve avec Roméo, dandy désinvolte auteur d'un premier album, Non, non, non, porté par une saine légèreté et une apparente simplicité. Des chansons entêtantes et accrocheuses. Des textes malins, même s'ils tournent un poil à l'exercice de style. S'il appelle sa Juliette Petite conne, Roméo sait pourtant séduire ! Aux prix de quelques facilités.
Si certains voient dans le cynisme de Roméo une touche de Dutronc sous influence Jacques Lanzman, ou quelque autre parenté gainsbourienne, on retiendra surtout de l'auteur du presque tube estival Petite conne, son art consommé de la chansonnette, à prendre ici au sens noble du terme. Plus qu'une ronflante filiation avec lesdits maîtres chanteurs, c'est la légèreté affichée de cette première livraison qui en fait son principal atout. Pas spécialement portés sur la prise de tête, même lorsqu'il s'agit de faire la nique au sida (Les années s.i.d.a. sid), les refrains de Roméo font mouche dès la première écoute, à l'image du premier extrait qui donne son nom à l'album. Arrangements d'une saine sobriété, couplets accrocheurs, mélodies simples mais jamais simplistes : la formule Roméo, pop pimpante et pas tape à l'oil, sait se montrer efficace.
Ancien pensionnaire de l'école d'Alice Dona, le natif de Limoges aura gardé de cette expérience un goût évident du rapport textuel. L'écriture habile du bonhomme, qui fait oublier ce que sa voix, un rien pâle, peut avoir d'impersonnelle, repose avant tout sur un sens de la formule aiguisé ("C'est pas l'Népal où on a l'pif un peu blême/ C'est pas le Tchad où on te dira à tes souhaits"), qui donne lieu à quelques heureuses trouvailles ("L'verse des larmes Monica/ Parce qu'il la trompette/ Avec un trombone/ Et L se dit flûte").
Ce penchant pour le bon mot mis en musique, pour séduisant qu'il soit, prend néanmoins le risque de limiter la portée de ce premier album, au demeurant cohérent et particulièrement digeste. Volontiers désinvolte, comme ses maîtres à chanter cités plus haut, Roméo reste avec Non, non, non dans le domaine de la chanson pour rire. Sur le mode doux-amer, et avec un certain brio certes, mais sans pour autant qu'il ne subsiste de ce premier essai solo autre chose qu'une impression fugitive, et que cette collection de ritournelles ne tournent à l'exercice de style, à l'enfilade de figures imposées, à l'exploration de champs lexicaux bien définis (les instruments de musique dans Des larmes Monica, les couleurs dans Je suis vert etc.). Sans être totalement stérile, ce Non, non, non qui n'affiche pas d'autre ambition qu'une certaine badinerie tourne cependant un peu en rond. Pas facile, pour le chanteur ludique, de résister à l'insoutenable légèreté des lettres !
Source : http://www.rfimusique.com/sitefr/article/article_14420.asp